Censure


Autrefois, afin que certaines id√©es jug√©es subversives par le pouvoir en place n'atteignent pas le grand public, une instance polici√®re avait √©r√© instaur√©e : la censure d'√Čtat, charg√©e d'interdire purement et simplement la propagation des ¬úuvres trop subversives.
Aujourd'hui la censure a chang√© de visage. Ce n'est plus le manque qui agit mais l'abondance. Sous l'avalanche ininterrompue d'informations insignifiantes, plus personnes ne sait o√Ļ puiser les informations int√©ressantes. En multipliant les cha√ģnes de t√©l√©vision, en publiant plusieurs milliers de titres de romans par an, en diffisant au kilom√®tre des musiques similaires, on emp√™che l'√©mergence de courants nouveaux. Ceux-ci seraient de toute fa√ßon sublerg√©s sous la masse de la production. La profusion d'insipidit√©s identiques bloque la cr√©ation originale, et m√™me les critiques qui devraient filtrer cette masse n'ont plus le temps de tout lire, tout voir, tout √©couter. Si bien qu'on arrive √† ce paradoxe : plus il y a de cha√ģnes de t√©l√©vision, de radios, de journaux, de supports m√©diatiques, moins il y a diversit√© de cr√©ation. La grisaille se r√©pand
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L’Encyclop√©die du savoir relatif et absolu
Bernard WERBER
Albin Michel

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